Mettre à l'abri, les documents les plus précieux : telle est la consigne de la Direction des Bibliothèques. Ainsi, dès 1938 et jusqu’en 1939, environ 3 à 4 000 volumes - archives, registres paroissiaux, registres de la période révolutionnaire, incunables et livres précieux - sont préparés pour être évacués, dans des caisses. Mademoiselle Beauchesne, bibliothécaire archiviste du 15 juin 1936 au mai 1939, s’en charge. Geneviève D’Haucourt, nommée à Brest en avril 1939 prend ensuite sa relève jusqu’en 1943. Les documents les plus précieux sont donc d'abord entreposés au château de Penmarc'h à Saint-Frégant, puis au château de Kerjean, et finalement transférés au château de Ménez Kamm à Spézet en 1942 ou dans d’autres endroits comme à Ussé en Indre-et-Loire.
La Halle aux Blés, centre culturel de Brest, abrite les archives, des salles de gymnastique au sous-sol et à partir de 1853, dans une des galeries du premier étage, la bibliothèque. En 1940, suite à un appel aux dons de Geneviève D’Haucourt, la collection de la bibliothèque s’agrandit, le but étant de mettre à la disposition des hommes mobilisés et de leurs familles le plus grand nombre possible d’ouvrages. Dans la nuit du 19 novembre, les allemands entrent à Brest. Les bombardements commencent et font craindre le pire pour les collections. Il est alors extrêmement compliqué d’obtenir du bois pour faire des caisses ou du carburant pour les véhicules, matériaux nécessaires au transport des ouvrages. Dans la nuit du 4 avril 1941, les bombardements frappent la Halle aux Blés, certains magasins de la bibliothèque sont touchés. Une partie des livres est détruite ou volée, le reste mis à l’abri dans les salles du musée. La bibliothèque continue de tourner. Quelques mois plus tard, le 4 juillet 1941 précisément, la ville subit encore des destructions. La salle des fêtes est entièrement touchée, la bibliothèque anéantie. Plus de 100 000 livres sont détruits.


Elle est immédiatement reconstituée par Geneviève d'Haucourt à l'École pratique de jeunes filles, 6 rue Bugeaud, grâce aux dons de particuliers et aux subventions de l'Etat. Cette bibliothèque provisoire comprend deux pièces, l'une pour les magasins, l'autre pour une salle de lecture comportant vingt places assises. Un an à peine après le sinistre, près de 5 000 volumes sont déjà mis à la libre disposition de la population brestoise.

Dans deux articles du 8 octobre et 14 octobre 1941 intitulés Après la destruction de la bibliothèque municipale et publiés dans le quotidien La Dépêche de Brest et de l'Ouest, le lecteur en apprend davantage sur la bibliothèque : son histoire, les conséquences des bombardements, la liste des ouvrages précieux sauvés, les demandes de dons ...
Ainsi, sur cette période, les sauvetages, les subventions, la récupération des fonds des bibliothèques populaires, l'aide de l'association des Amis de la bibliothèque, le changement de lieu et les dons - La Dépêche de Brest (ancêtre du Télégramme) donne 20000 Francs dès décembre 1942 -, permettent à l'énergique Geneviève d'Harcourt de reconstituer les collections. Mais, en février 1943, les bombardements aériens reprennent, éloignant de Brest un grand nombre d'habitants. La bibliothécaire elle-même, nommée à Nantes, quitte la ville le 1er mai 1943. L’activité de la bibliothèque reste importante malgré la période : un rapport reçu au Ministère en février 1944 fait état d'un fonds de plus de 13 000 volumes, de 18 000 lecteurs entrés à la bibliothèque et de 15 000 prêts au cours de l'année 1943.
Hélas, en septembre 1944, durant le siège de Brest, des bombes incendiaires empêchent la mise à l’abri complète des collections et réduisent, une fois de plus, le local et le mobilier en cendre. Mademoiselle Lecureux, archiviste de la marine, accepte, bénévolement, d’assurer l’intérim de direction, jusqu’à la fin de l’occupation de Brest, ou presque. Dès octobre 1944, Auguste Banéat, gardien chef promu au rang de bibliothécaire par intérim, décide de faire revivre la bibliothèque municipale. Il s’installe place Guérin dans la bibliothèque populaire de la seule école épargnée par les bombes. Avec un autre employé, monsieur Foucher, il y reconstitue les collections, recueille des dons, fait des achats, fait vivre la bibliothèque, lieu indispensable aux habitants. À la fin de la guerre, seule survit cette bibliothèque populaire qui fait office de bibliothèque municipale jusqu'à l’installation, en 1945, rue Yves Collet de deux baraques provisoires, l'une assurant le prêt à domicile et la lecture sur place, l'autre accueillant les ouvrages de travail, le fonds d'étude et le fonds breton.
La médiathèque renferme aujourd'hui encore des témoignages de la présence de soldats allemands à Brest, pendant la seconde guerre mondiale. En effet, les livres "parlent" et révèlent la présence d'une Soldatenbücherei (bibliothèque des soldats). Il s’agit d’œuvres d'auteurs allemands comme Ida Seidel ou encore Theodor Storm ; ces livres envoyés au front sont essentiellement de la littérature de distraction et de divertissement, toujours conformes au régime. Il est possible de certifier que ces livres font partie de la "Bibliothèque de la Wehrmacht" par la présence de tampons de provenance du régime nazi ou de bibliothèques publiques de l’époque dont les titres ont été filtrés et agréés par les instances du régime. Ainsi, le 12 octobre 1939, Alfred Rosenberg, haut dignitaire du régime nazi, annonce au peuple allemand la mise en place d'un vaste réseau d’opérations culturelles et idéologiques : la collecte et la redistribution de livres destinés aux soldats de la Wehrmacht, aux hôpitaux militaires et aux camps. Pour donner l'exemple, il offre 2500 ouvrages de sa propre bibliothèque et y appose le tampon de la donation Alfred Rosenberg pour la Whermacht 1939, "Alfred Rosenberg-Spende für die Deutsche Wehrmacht 1939".

La bibliothèque possède dans ses collections des livres ayant d'autres tampons de provenance comme la marque de l'Édition de la librairie Front pour la Wehrmacht "Front Bucchandels Ausgabe Für die Wehrmacht" ou encore l'estampille de la Bibliothèque de prêt allemande du département de la propagande "Deutsche Leihbücherei der Propaganda Abteilung".


Jean-Claude Le Dro, Historique de la bibliothèque municipale de Brest : des origines à 1979 inclus, 1981, Brest, Médiathèque François Mitterrand - Les Capucins, FB X B778
Yves Jaouen, De Saint-Marc à Brest : septembre 1939... septembre 1944, 1960, Brest, Médiathèque François Mitterrand - Les Capucins, FB X D12
Olivier Polard, Stéphane Massé, Les Brestois dans la guerre : 1939-1945, 2018, Brest, Médiathèque François Mitterrand - Les Capucins, FB X C6343