En 1791, alors que la Révolution poursuit son œuvre, le noble Pierre Joseph Jean de Coëtanlem est assigné à résidence dans le manoir de Trogriffon, sur les bords de la Penzé à Henvic.
Il profite de son isolement pour rédiger un dictionnaire breton-français jusqu’en 1820. L’ouvrage fait au total 8334 pages et se répartit en huit volumes reliés de cuir.
Avant lui, quelques auteurs avaient rédigé des dictionnaires breton-français :
- Julien Maunoir (1606-1683), un jésuite considéré comme le père du breton moderne qui écrit son dictionnaire en 1659
- Le Père Grégoire de Rostrenen (1667-1750) qui publie son dictionnaire en 1732
- Dom Louis Le Pelletier qui publie Le Dictionnaire de la Langue bretonne en 1752
C’est ce dernier que Coëtanlem complète, ajoutant un nombre conséquent de remarques pour chaque mot.
A la mort de l’auteur en 1827, on perd complètement la trace du dictionnaire. Aujourd’hui, on sait simplement qu’au XXe siècle, le dictionnaire s’est retrouvé dans les mains de Yeun ar Gow, de son nom civil Yves le Goff, un écrivain Finistérien bretonnant. En 1948, deux spécialistes s’intéressent au dictionnaire et écrivent des articles. Seulement, par la suite, le dictionnaire semble à nouveau disparaître. Des rumeurs entourent l’objet, sans qu’une seule d’entre elles ne soit confirmée.
Les descendants de Yeun ar Gow ont contacté le CRBC mais ce laboratoire n’ayant pas de fonds suffisants, c’est la ville de Brest qui acquiert l’ouvrage en 2003, et en 2017, après avoir été en prêt au CRBC, le dictionnaire entre dans les collections patrimoniales de la médiathèque des Capucins.
Coëtanlem fait partie d’un courant qu’on appelle la Celtomanie : il considère que le breton est une langue originelle à partir de laquelle le gaulois, puis le français se seraient formés. Cependant, la particularité de ce dictionnaire ne se trouve pas tant dans la lexicographie mais surtout dans les observations sociologiques qu’il contient. En effet, Coëtanlem, érudit lettré, s’intéresse beaucoup aux habitudes et comportements du peuple et les rapporte dans son écrit. Il cherche à les répertorier à la manière de l’esprit encyclopédique du XVIIIe siècle, non sans une certaine condescendance due à sa condition de noble. A la lecture de certaines traductions, on se retrouve plongés dans la vie des bretons du XVIIIe et XIXe siècles. Il y a, par exemple, les nombreuses superstitions :
Dans un autre registre, on en apprend plus sur l’alimentation et les préparations :
Le dictionnaire de Coëtanlem, conservé dans la réserve patrimoniale de la médiathèque de Brest, est un véritable trésor. Il nous offre une fenêtre fascinante sur la vie des paysans bretons, à travers la langue qu’ils utilisaient au quotidien. Un document unique qui nous aide à mieux comprendre l’histoire de la Basse-Bretagne.
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Avec l’aide de Ronan Calvez, enseignant-chercheur au Centre de recherche bretonne et celtique
Pour en savoir plus sur la langue bretonne :
- La grammaire de Jean François Le Gonidec, première grammaire bretonne en 1807
- Le dictionnaire de Le Gonidec enrichi par Théodore Hésart de La Villemarqué
- Ainsi que son essai sur la langue bretonne
Document numérisé:
Tome 1 : A-Buz
Tome 2 : C-Dun
Tome 3 : E-Gwi
Tome 4 : H-Luz
Tome 5 : M-Ozil
Tome 6 : P-Ruz
Tome 7 : S-Sut
Tome 8 : T-Z
Dans la section "Commentaires", vous trouverez un index permettant de rechercher un mot à partir de ses premières lettres :
Brest, Médiathèque François Mitterrand-Les Capucins, MS 200